Une fréquentation au-delà des espérances

Le festival du cinéma russe a fermé ses portes dimanche soir avec des salles à nouveau combles.

Dans ce contexte national et international très agité, les organisateurs ne s’attendaient pas à une telle fréquentation. Les festivaliers ont répondu présent, choisissant de privilégier leur envie de liberté et leur amour pour le cinéma et la culture en général ; meilleure réponse à la barbarie.

C’est également ce qu’ont souligné Nicole Ameline députée du Calvados « gagnons ensemble la bataille de l’esprit sur l’ignorance » et le maire de Honfleur Michel Lamarre qui a demandé une minute de silence en hommage aux victimes des attentats.

Françoise Schnerb a rapporté qu’elle avait reçu de nombreux appels demandant si le festival aurait lieu après les évènements ayant frappé conjointement la France et la Russie.  « Certains messages appelaient à la prudence, d’autres nous ont traité de « dingues » à l’idée de continuer mais pour toute l’équipe il n’y a eu aucun doute. » De nouveaux bénévoles se sont même proposés. La présidente s’attendait à quelques défections mais le jury est venu avec détermination ainsi que les invités russes : « quand j’ai vu la liste de la délégation russe, j’ai été un peu angoissée car ils étaient plus nombreux que l’an dernier et je me suis demandée où allait-on les caser ! » a-t-elle plaisanté. « J’ai pu admirer ce que l’on peut faire ensemble dans le cinéma, la culture et l’amitié de nos deux pays. Un grand merci. »

Quelques minutes plus tard, c’est à nouveau un grand merci que la présidente a adressé au représentant de l’ambassadeur de Russie S.E. Alexandre Orlov (retenu à Paris) en recevant de ses mains la médaille Pouchkine pour sa contribution au développement de l’art cinématographique russe et au rapprochement de la culture des deux pays. Une distinction à laquelle elle ne s’attendait pas et qui visiblement l’a beaucoup émue.

Après la proclamation du palmarès, Stéphane Freiss a  mis en évidence le fait que «  au milieu de la barbarie traversée en ce moment, nous, nous avons une arme, c’est le cinéma, alors, servons-nous en beaucoup, énormément. »

« Vivement l’année prochaine ! » a-t-il conclu après avoir réaffirmé son plaisir d’avoir participé au festival. Si la prochaine édition est aussi réussie que celle de cette année, alors en effet, souhaitons que l’année passe vite !


Pauline Bréhat


Un trophée pour le jury...

Si le « trophée du jury le plus sympathique » avait existé, nul doute qu’il aurait été attribué, à l’unanimité, à celui de cette 23ème édition.

Les commentaires et avis récoltés et entendus dans les files d’attente, au coin restauration ou parmi les organisateurs sont en tous points identiques : agréables, charmants, souriants, simples, accessibles, remplissant bien leur rôle, ne se prenant pas pour des stars, avec pour le président Stéphane Freiss (que, de par sa fonction, l’on a plus entendu que les autres jurés) le trait de l’humour en plus.

Jean-Claude Herrault qui, comme chaque année, a décoré avec talent le grenier à sel pour le dîner de gala, s’est même laissé aller à une confidence « en 23 ans, c’est vraiment le jury le plus sympathique que j’ai vu. »

Mylène Demongeot, Anna Sigalevitch, Mei-Chen Chalais, Hervé Korian, Robert Sender, Olivier Orban, Frédéric Niedermayer, Olivier Orban et Stéphane Freiss ont visiblement apprécié leur séjour à Honfleur, le dîner de gala et l’ambiance festive à laquelle ils ont contribué restant jusqu’à la fin contrairement au jury de l’an passé…

Un 23ème festival marquant à tous points de vue.

 

Pauline Bréhat


PALMARES du festival 2015

Artem Temnikov et Antreï Zaitsev
Artem Temnikov et Antreï Zaitsev

Le président de la 23ème édition du festival du cinéma russe Stéphane Freiss et les membres du jury : Mei-Chen Chalais, Mylène Demongeot, Hervé Korian, Frédéric Niedermayer, Olivier Orban, Robert Sender, Anna Sigalevitch  eurent beaucoup de difficultés à départager les lauréats. Une fois de plus la qualité fut remarquable avec des films très différents.
Avant de donner les résultats, Stéphane Freiss  remercia  la présidente du festival Françoise Schnerb, la municipalité et toutes les personnes qui oeuvrent au bon fonctionnement et facilitent le séjour des jurés « avec des sourires et une générosité assez rares ».
Il a également remercié ses amis du jury qui ont passé quatre jours formidables « parce qu’il s’est passé des choses formidables sur l’écran. Le cinéma sert à voir ce que l’on a eu la chance de voir durant ce festival : des visages marquants et marqués, beaucoup de souffrance et assez peu d’espoir, des banlieues de Moscou plutôt que Moscou, des gens souvent ordinaires plutôt que des gens de pouvoir et surtout une humanité incroyable. »

Les prix du jury :
Grand Prix de la Ville de Honfleur Meilleur Film 2015 : 2 lauréats
« 14+ » de d’Andrei Zaïtzev et  « Sans commentaires » d’Artem Temnikov

Prix François-Chalais Meilleur Scénario :
Alexander Kott pour « Insight »

Prix de la Meilleure Actrice :  Maria Mashkova  dans  « Adieu Moskvabad  » de Daria Poltoratzkaia

Prix du Meilleur Acteur :  2 lauréats
Jawahir Zakirov  dans  «Adieu Moskvabad »  et  Aleksei Guskov dans « La trouvaille » de Viktor Dement

Autres prix :
Prix de la Région Basse-Normandie Meilleur Début (doté de 3000€) :
Viktor Dement pour « La trouvaille »

Prix du Public décerné par le vote des spectateurs :
« La trouvaille »   de Viktor Dement


Pauline Bréhat


Les « Plus » du Festival du Cinéma Russe

24 films étaient programmés dont 8 en Compétition, et d’autres en Avant-première, Hommage, Début, Rétro, Panorama. En outre, des Animations étaient prévues pour les spectateurs.
Les Contes de Marguerite.
Comme chaque année, Marguerite Gauthier a  accueilli les enfants des écoles pour leur raconter des histoires et légendes slaves. Mercredi, les élèves de la Rivière St Sauveur, jeudi ceux de l’école Caubrière, et  enfin vendredi les écoliers d’Equemauville. Ce dernier conte s’appelait « La Princesse Grenouille » ; histoire d’une princesse enfermée dans une peau de grenouille à cause d’une malédiction de son père. Malgré tout, elle épouse un fils de tsar, puis il lui arrive beaucoup de péripéties avant de retrouver sa forme humaine et elle commerce avec le diable. Et Marguerite a terminé par un conte balte concernant un village de pêcheurs.
Signature.
Vendredi matin au stand de la Librairie du Globe, l’actrice Mylène Demongeot, membre du Jury, a signé ses ouvrages, et en particulier son dernier livre, « Adieu Kharkov ». Beaucoup de lecteurs se sont présentés pour une dédicace.
Table Ronde.
Un débat était organisé dans le grand Grenier à Sel, vendredi après-midi, animé par Joël Chapron, responsable Unifrance. Le thème était « Pourquoi ne voit-on pas plus de films russes sur les écrans français ? Avec lui, pour animer, avaient pris place, Mme Sitora Alieva, directrice artistique du Festival de Moscou, et Elena Glikman , productrice, qui ensuite a présenté le film « Les Mouettes qu’elle a produit.
Concernant les films russes , Joël Chapron a noté que c’était une question récurrente. « Mais en fait a-t-il dit, on n’a jamais vu autant de films depuis la Pérestroïka que cette année. En 2015, 8 films sont sortis en France ». Et les affiches de ces films ont été projetées sur l’écran, où l’on pouvait lire le titre, avec le nombre de copies et de spectateurs. Hevadis, Aloest, Capricci, Zed ( 41 copies, 15 572 spectateurs ), ASC ( 32 copies, 43 276 spectateurs ) Arizona, Sophie Dulac, Kinovista.
Les animateurs ont précisé qu’il était difficile de promouvoir les films russes car l’état n’aide pas financièrement et ne promeut pas les films dans d’autres pays ; donc les producteurs ne voient pas à quoi se raccrocher ». Cependant , Capricci, « Il est difficile d’être un Dieu », film catholique, a reçu un prix au festival de Venise. Et Joël Chapron de préciser : « Sortir un film en France, c’est cher, ça coûte un demi-million d’euros, et le distributeur ne touche que 2 euros par film ».
Sitora Alieva, directrice du festival de Sotchi, s’est adressée au public : « ça me fait plaisir que vous soyez venus ici pour nous écouter. Un festival comme celui de Honfleur, c’est très important ? Je suis d’accord avec Joël Chapron ; si l’état n’aide pas à promouvoir des films russes à l’étranger, au moins en France, c’est prestigieux, surtout à Honfleur, un excellent festival ; Nous tenons beaucoup à ce que de nombreux spectateurs voient nos films !... »


Ch.Desmont


Mylène Demongeot :                           un sourire et un dynamisme intacts

La popularité de Mylène Demongeot ne s’est jamais démentie. L’on en a pour preuve les applaudissements lors de son apparition à la cérémonie d’ouverture, les regards lorsqu’elle assiste à une projection ou les flashes qui crépitent lorsqu’elle signe ses ouvrages.
Les années ont beau passer, le même sourire mutin éclaire toujours le visage de la comédienne, qui se montre d’une belle loquacité lorsque l’on aborde les sujets qui la touchent, dans le désordre : le cinéma, son mari Marc Simenon, la BD tirée de la biographie de sa mère, l’actualité, la société, la souffrance des animaux.
Mylène Demongeot connaissait Honfleur mais pas « Honfleur côté cinéma. C’est très agréable. J’ai trouvé, parmi les membres du jury, des gens très sympathiques. Ce sont les plaisirs offerts par les festivals. On rencontre des gens que l’on n’aurait pas forcément croisés ailleurs. »
L’actrice connait bien le cinéma russe à travers des films plus anciens et trouve donc intéressant de découvrir celui d’aujourd’hui. « Après quelques projections, j’ai trouvé quelques films très significatifs dans lesquels on retrouve une même violence, des sentiments semblables. Alors si les technologies avancent à toute vitesse, je constate que les êtres humains ne changent pas. J’aime le cinéma russe pour son rythme lent. On veut nous faire avancer trop vite, l’être humain n’est pas fait pour ça ! On est assommé d’informations, les gens ne comprennent plus, ne réfléchissent plus. Pourtant, la seule chose importante dans l’existence c’est d’apprendre à penser, penser par vous-même… »
C’est exactement sa démarche, « j’ai toujours pensé et fait ce que j’ai voulu. »  Mylène Demongeot a suivi sa ligne, son chemin de vie. « Je n’avais pas vraiment d’objectif de carrière. J’ai fait ce que je voulais être et pour moi les sentiments, l’amour, la tendresse étaient les plus importants. » Elle a donc mis son activité cinématographique un peu retrait devenant ambitieuse pour son mari Marc Simenon pour lequel elle a beaucoup œuvré. Après son décès, elle a repris le chemin des plateaux et continue.

Des projets encore et encore…
En juin 2016, sortira « Camping 3 » que l’actrice a aimé tourner et qu’elle est impatiente de voir. Puis, avant « Foudre » dont l’action se situe dans le milieu de la vigne, elle tiendra le rôle principal du premier film de Vanessa Le Reste dont le sujet lui tient à cœur. Il s’agit de parler d’une réalité qui dérange jusqu’aux producteurs et qui, pourtant, fait ou fera partie de la vie de tout un chacun : la sexualité des personnages âgées. « Ce n’est pas parce qu’on vieillit que la vie s’arrête ».  Un film que la comédienne ne manquera pas de défendre avec virulence !
Le festival du cinéma russe est aussi, pour Mylène Demongeot,  une occasion de signer ses ouvrages et notamment le roman graphique « Adieu Kharkov »  tiré de la biographie de sa mère. « J’ai écrit cette biographie il y a une douzaine d’années. Catel, dessinatrice qui a illustré mon livre «  Les animaux de ma vie » est tombée amoureuse de ce récit et m’a proposé d’en faire une BD à laquelle elle associerait son amie Claire Bouilhat. » Un peu dubitative quant au résultat, Mylène Demongeot accepte l’idée. « Lorsque j’ai reçu les premières planches, puis les suivantes cela m’a semblé assez abstrait » avoue-t-elle, « puis lorsque j’ai eu en main le livre complet, j’ai été sidérée. C’est un beau travail. Mais je vous assure que l’on éprouve une sensation bizarre de se voir dessinée ainsi que sa maman. »
Lorsqu’elle était jeune star, l’actrice a un peu négligé ses parents, évoluant dans un monde attirant mais factice. « A la mort de mon père, j’avais vingt-trois ans, ce monde s’est écroulé devant cette brutalité. Quand maman est tombée malade, je suis restée avec elle jusqu’à la fin. Je me suis aperçue qu’en réalité, je ne la connaissais pas et lui ai demandé de me raconter son histoire. Elle a d’abord refusé puis s’est laissée prendre au jeu ; elle m’a fait promettre de raconter sa vie par écrit. J’ai tenu ma promesse. »
Mylène Demongeot a donc rédigé l’histoire de cette femme ukrainienne vivant dans la pauvreté, qui, refusant un destin identique à celui de sa mère, a cherché à acquérir sa liberté, d’Ukraine en France en passant par la Chine, « une femme dure, égoïste, acharnée, forte comme Scarlett O’Hara qui était son héroïne. » Une vie assurément romanesque qui ferait un film magnifique.
L’idée enthousiasme Mylène Demongeot qui y songe fortement. Un rêve qui ne peut que devenir un très beau projet ; peut-être un cadeau d’une mère à sa fille…

Pauline Bréhat


Georgy Rozov sur le Pont...

Le photographe russe Gérory Rozov, qui expose actuellement à Honfleur à la galerie Bourdette, a passé la journée de vendredi sur le Pont de Normandie afin d'immortaliser le plus long pont à hauban d'Europe. Nul doute que ses images feront, très bientôt, le tour du monde...


Anna Sigalevitch : la curiosité est un joli défaut  

Si « curieuse » est l’adjectif qui définit le mieux Anna Sigalevitch, elle peut tout à loisir assouvir son envie de découverte durant les cinq jours de festival. Elle connaissait celui-ci de nom et se montre ravie d’y participer en tant que membre du jury. C’est une fonction qu’elle a déjà exercée à Amiens et dans plusieurs festivals de théâtre et pour laquelle elle essaie d’être consciencieuse. « Il est intéressant de mettre en regard un film par rapport aux autres, cela permet de ne pas avoir un jugement rapide et définitif. Constater ce qui reste après avoir vu plusieurs films est étonnant. Certains demeurent en mémoire, d’autres que l’on a pu aimer sur le moment se révèlent finalement décevants ; des détails s’effacent d’autres restent, pas forcément ceux auxquels on s’attend » analyse-t-elle.

Anna Sigalevitch avoue ne pas être une spécialiste et connaître plutôt les classiques que les films actuels. La culture, le rapport au monde lui apparaissent comme très différents des nôtres. Et ce qu’elle apprécie particulièrement ce sont les personnages vraiment étonnants, très marqués, hauts en couleur.

Les salles combles à chaque projection impressionnent la comédienne: « C’est avant tout un festival de passionnés, de cinéphiles car les films ne sont pas forcément faciles. Il me semble que la compétition est très annexe ; les gens ont juste envie de voir des films. Je ressens que l’on donne beaucoup, il y a du cœur, de la bonne volonté de la part des gens, des bénévoles ;  c’est vraiment touchant. »

 

Des moyens d’expression différents

Issue d’une famille musicienne, le piano fait partie de l’éducation. Avec la danse classique, Anna Sigalevitch a donc étudié cet instrument « cela se décide tôt et lorsque l’on joue beaucoup, on arrive à un niveau professionnel relativement jeune. Mais je n’avais pas réellement envie d’en faire ma profession, même si la musique fait partie de ma vie. »

A seize ans, elle obtient un rôle dans le film de Mikael Haneke « La pianiste ». Cette expérience lui donne envie de continuer à jouer. Elle enchaîne donc les tournages avec des réalisateurs tels que R.Ruiz, F.Margolin, Emmanuelle Bercot ou Rebecca Zlotowski, joue également au théâtre sans pour autant délaisser la musique. « J’aime faire des choses différentes, découvrir. Je crois que je suis une actrice qui a un lien viscéral avec la musique, qui est aussi un peu journaliste, une activité que j’apprécie énormément. » Depuis cinq ans en effet, Anna Sigalevitch participe à l’émission d’Arnaud Laporte « La dispute » sur France Culture. Elle écoute donc beaucoup de musique et la partage. « J’aime en parler, m’entourer de musiciens. Et là il ne s’agit pas de moi en tant qu’artiste, mon plaisir étant de regarder les autres et d’amener à la découverte.»

Curieuse et enthousiaste, Anna Sigalevitch a des projets pour janvier prochain où dans le cadre du festival « Le Paris des Femmes » elle jouera un monologue dans une mise en scène de Mathilda May. Puis, fin janvier débutera le tournage d’un film de J-C.Brisseau dans lequel elle fera partie d’un trio amoureux en compagnie de Fabienne Babe et Isabelle Prim. Sur scène encore, elle a également le souhait de dire ou jouer un texte mêlant voix et guitare.

 « Ce qui me donne envie de faire des choses ce sont les gens ; il faut que j’y crois et que je les ressente, quel que soit le support. J’aime beaucoup jouer mais ce n’est pas mon seul moyen d’expression. »

Anna Sigalevitch est curieuse et…inclassable…une artiste donc !

 

Pauline Bréhat


Stéphane Freiss : chaleur, humour et simplicité d’un président...

Entre deux projections, le président du jury, Stéphane Freiss s’octroie une petite pause. Il semble heureux de sa participation qui lui permet de « combler une ignorance de plus » puisqu’il avoue ne pas connaître ce festival. Et puis passer quelques jours à Honfleur le ravit car « je fais partie des gens qui disent connaître cette ville si charmante et qui, lorsqu’ils y viennent, s’aperçoivent qu’il n’en est rien. »
L’acteur apparait décontracté, souriant, accessible. Il a déjà officié comme président dans plusieurs festivals mais il a apprécié de pouvoir proposer lui-même les membres du jury qui l’accompagnent dans ce rôle. Rôle qu’il ne veut pas prendre trop au sérieux « je n’aime pas cela en général » dit-il en souriant.  « C’est un vrai plaisir en tout cas. En fait, les films nous donnent eux-mêmes la marche à suivre. Les intelligences et sensibilités réunies ici font que les discussions vont dans les mêmes directions. » Ce qu’il attend de ce festival ? « Le moment où je vais prendre ma claque ! Dans ce type d’univers, de culture, on ne sait pas d’où elle va venir mais on sait qu’il y en aura une. »

Un cinéma émouvant
Stéphane Freiss porte un regard de connaisseur sur le cinéma russe. Dans les années 80 à 90, il a fréquenté le cinéma Cosmos dans le 6ème arrondissement de Paris.  Cette salle représentait alors la vitrine du cinéma soviétique, et « c’est là que j’y ai reçu déjà une première claque en découvrant de nombreux cinéastes russes talentueux. » S’il est attiré par ce cinéma, c’est aussi de par ses origines russes « qui remontent certes à trois générations en arrière mais qui peuvent expliquer, plus que l’attirance, l’émotion que me procure cette culture. »
Il existe d’énormes différences entre les cinémas français et russes avec en premier lieu, pour le comédien, « la langue russe qui amène quelque chose de mystérieux, de mystique qui fait que les choses les plus banales interpellent et fascinent souvent. » La culture, l’histoire propres à chaque pays conduisent à des représentations et des manières de s’exprimer différentes : « Nous n’avons pas la même façon de rire ou de pleurer. Nous n’avons pas cette façon de rire des choses tragiques. Nous n’avons pas la même culture du rire et du chant que l’on trouve dans tous les films –chez nous lorsque l’on chante, le film est étiqueté « musical » - Les russes montrent parfois des actions, des actes qui pourraient paraître insignifiants à nos yeux, alors que nous nous attachons à des choses qui n’ont pas la même importance pour eux. Il y a une grande différence avec le reste du cinéma européen et l’on en a besoin. »

Écriture et mise en scène
Après le festival, Stéphane Freiss reprendra son travail d’écriture avant de s’attacher à la mise en scène de son premier long métrage en septembre 2016. Le personnage principal, un écrivain à succès, traverse un moment de crise. Il est appelé à faire un voyage pour l’enterrement d’un ami qui sera symboliquement l’enterrement de beaucoup d’autres choses et donc une renaissance. « Je me sens mûr pour mettre en image l’atmosphère que j’écris. J’ai l’intuition que c’est moi qui dois le faire. »
Avant de découvrir sa réalisation, l’on pourra suivre Stéphane Freiss dans une série télévisée « Le secret d’Elise ». On le retrouvera ensuite dans un film de Roberto Andro « une sorte de fable philosophico-financière réunissant, pendant le G8, le patron du FMI et les ministres des finances » ; il y joue aux côtés d’Aleksei Guskov et de Daniel Auteuil entre autres.
Avec exigence, Stéphane Freiss poursuit sa carrière remarquant que cette dernière « m’a suffisamment donné jusqu’à présent et peut encore m’apporter beaucoup. Je suis un éternel insatisfait et l’important est ce que je vais faire demain. Le temps est juste un peu plus pressé… »

Pauline Bréhat


PROGRAMME DU dimanche 29 NOVEMBRE

CINEMA HENRI JEANSON
-11h hommage : « En attendant la mer » de Bakhtyar Khudojnazarov (2012) 105mn.

-15h panorama : « Le carrosse vert » d’Oleg Assadouline (2015) 94mn.

-17h avant-première : « La robe bleue » d’Igor Minaev (2015) 90mn.

GRENIER A SEL
-10h30 rétrospective : « Je me balade dans Moscou » de Gueorgui Danelia (1964) 90 mn.

-15h rétrospective : « Subwave » d’Anton Megerdichev (2013) 126mn.

CCPH
-15h30 : documentaires, programme sur place


Repas Russe au Chat qui pêche..

Pendant la durée du festival le restaurant " Le Chat qui Pêche " propose de manger Russe. Pour cela, les deux cuisiniers de l'ambassade de Russie en France, ont investit la cuisine du restaurant de Pierre Arnaud. Mardi, un repas dégustation été proposé au maire de Honfleur, Michel Lamarre, ainsi qu'à l'Ambassadeur Russe en France Alexandre Orlov. Au menu : Pirojki à la viande,  Pirojki aux choux et œufs, salade russe au hareng, soupe aux choux de la campagne avec une pomme rôtie et la crème fraîche, médaillon de poisson mariné à la russe, blinis avec des baies et la crème fraîche.

Pendant le repas, Michel Lamarre a évoqué une possible collaboration entre la ville de Ivanovo-Pilioss et Honfleur dans le cadre d'échanges culturels...



Ouverture officielle du festival :         "l’art symbole de résistance"

Après une riche journée cinématographique, c’est en compagnie de la présidente du festival Françoise Schnerb, que l’adjointe à la culture Nathalie Oléon-Papin a accueilli jury, invités et festivaliers au nom du maire Michel Lamarre. Après quelques mots en russe –que l’interprète a commencé à traduire…en russe ! -  celle-ci a remercié les services techniques, les services de sécurité ainsi que la présidente œuvrant chaque année pour que ce traditionnel rendez-vous se perpétue.
L’adjointe au maire a souligné que « le festival est l’exemple d’une très grande diversité, d’une liberté culturelle que nous allons continuer de porter, et ceux qui pensent le contraire se trompent, la preuve puisque nous sommes présents. »
Françoise Schnerb a ensuite souhaité la bienvenue et, en raison d’un léger retard, globalisé ses remerciements exceptant cependant « les bénévoles toujours plus nombreux et venant parfois de loin, ainsi que  la Fondation pour les Initiatives Sociales et Culturelles de Russie. »
Son représentant, Alexander Mikhaylitchenko, a transmis les salutations de la présidente de la Fondation, Mme Medvedev, qui a souhaité que les participants trouvent, qui de nouvelles aspirations, qui l’estime des spectateurs, qui de belles et enrichissantes rencontres.
Présentation du jury :
Avant de présenter les membres du jury qui l’accompagneront dans sa tâche, le président Stéphane Freiss, plein d’humour,  s’est dit heureux, en plus de voir des films, d’être à Honfleur « car j’habite tout près depuis des années puisque je vis…à Paris ! »  Après avoir évoqué une tendresse particulière pour le cinéma russe, il a expliqué que pour lui « la fiction est le moyen le plus honnête de parler de la réalité parce que l’on peut douter d’un journaliste ou d’un documentaire mais pas des sentiments d’un personnage. »   Pour le comédien « un grand film, c’est quand un auteur, un scénariste, des acteurs s’unissent pour faire en sorte que l’on résiste à tout ce qui crée le mensonge, les idées reçues, les préjugés. Le cinéma en apprend souvent beaucoup plus que les informations que l’on peut entendre d’un pays. Certes on est là pour parler de cinéma et non de politique mais, ce n’est pas grave parce que le cinéma s’en charge. Et le cinéma russe en particulier. Merci de faire ces films »


L'Art vaincra :
Avant de laisser la place à la délégation russe, la comédienne Mylène Demongeot a souhaité ajouter que « en ces périodes troublées, nous gagnerons ! L’Art vaincra car il est le plus fort ; c’est ce qui nous permet de vivre. »
Enfin, l’attachée de presse Elena Duffort présenta les invités russes, comédiens, comédiennes,  réalisateurs, réalisatrices, producteurs et productrices.
Aleksei Guskov, le comédien « chouchou » des festivaliers, eut le mot de la fin, très touchant, en affirmant que tous ont été attristés par les évènements douloureux de Paris : « nous avons éprouvé beaucoup de compassion pour ce qui s’est passé en France, c’est pour cela que nous avons tenu à venir avec vous. Ensemble nous pourrons gagner. Pour nous, la France équivaut à joie de vivre, art de vivre et nous sommes avec vous. »
En regard des visages des personnes réunies autour du 7ème art, il est évident que ce n’est ni la morosité ni la peur qui prennent le pas sur la joie de partager et le désir de résister…

Pauline Bréhat                                                                                                                    25/11/2015


Première séance du festival...

Près de soixante-dix spectateurs - fidèles du festival pour la plupart - ont bravé la pluie glaciale pour être présents à la première projection du film « Je me balade dans Moscou », comédie joyeuse sur la jeunesse moscovite des années 60.
La présidente Françoise Schnerb a chaleureusement accueilli les festivaliers, promettant une édition de qualité, variée et faisant une large place aux jeunes réalisateurs russes.
Ce mardi matin, l’équipe de bénévoles était encore à pied d’œuvre pour les derniers préparatifs et les ultimes mises en place. Pas de changements majeurs dans l’organisation si ce n’est une sécurité renforcée en raison de l’état d’urgence instauré, conformément aux directives nationales.
Six films étaient diffusés en cette première journée, coup d’envoi de ce rendez-vous cinématographique incontournable.


3 questions à  : Françoise Schnerb, présidente du festival du Cinéma Russe

H.I : Comment sont sélectionnés les films ?
F-S : "Notre comité de sélection voit essentiellement les films chaque année en Russie, au Festival Kinotavr de Sochi, au Festival de Moscou, et au Festival de Vyborg. Par ailleurs, nous recevons un certain nombre de films sur des DVD de démonstration; nous en demandons aussi quand nous avons connaissance d'un tournage intéressant. Puis nous choisissons, parmi les meilleurs de l'année, huit films pour notre section Compétition et d'autres pour notre section Panorama. Nous demandons également des films récents pour les sections Avant-Premières, Evénements, Documentaires, Jeune Public, Dessins animés. Enfin la Rétrospective est consacrée à un thème souvent en lien avec l'actualité, comme cette année "Rétro dans le Métro" pour les 80 ans du métro de Moscou."
 
 H.I : Quels sont vos contacts en Russie et comment travaillez-vous ?
F-S : "Nous bénéficions du soutien du Ministère de la Culture de la Fédération de Russie qui nous apporte son aide pour obtenir les copies de films, les sous-titrages et la venue des équipes de films. Nous avons depuis longtemps un lien privilégié avec les studios Mosfilm, les plus grands studios d'Europe, et leur Directeur Général, Karen SHAKHNAZAROV, que nous ne saurions assez remercier pour sa générosité puisqu'il nous offre tous les ans la possibilité de projeter les œuvres classiques des collections Mosfilm. Nous avons également développé des liens avec différents festivals de Russie, en particulier le Kinotavr et sa directrice artistique Sitora ALIEVA, et avec quelques maisons de production. Depuis trois ans, notre partenaire est la société Festfilm, dirigée par Iulia BRAGUINA et Sergueï BRAGUINE, responsables des programmes russes pour de nombreux festivals internationaux, qui se chargent très efficacement de toute notre organisation en Russie. "
 
 
H.I : Quels sont les points forts du festival 2015 ?
F-S : " Tout le Festival 2015 est un point fort, puisque chaque section présente le meilleur de la cinématographie russe de l'année ! Bien sûr, il y a les projections de compétition devant un jury très qualifié présidé par l'acteur Stéphane FREISS; l'avant-première du film d'Otar IOSSELIANI, "Chant d'hiver", la veille de sa sortie en France; l'hommage au réalisateur Bakhtyar KHUDOJNAZAROV avec la projection de son dernier film encore inédit, "En attendant la mer"; la venue de la star Viktor SUKHORUKHOV dont nous montrerons deux films de 2015, "Orléans" et "La Brebis Dolly"; la présence des grands acteurs Aleksei GUSKOV et Nadezhda MARKINA qui viendront présenter le premier film de Viktor DEMENT, "La Trouvaille".
Et aussi une superbe exposition des photos de Georgy ROZOV sur le thème du métro de Moscou à la Galerie Danielle BOURDETTE ... Mais à mon sens tout mérite d'être vu, et je pense que les festivaliers apprécieront la qualité du cru 2015 ! "


Festival du cinéma Russe de Honfleur

Le 23ème festival du cinéma russe ouvrira ses portes à Honfleur du 24 au 29 novembre 2015.
Créé en 1995, il a pour but de faire connaître le cinéma russe, de participer au développement des liens culturels entre la France et la Russie. Les échanges sont favorisés par la présence de grands professionnels du cinéma russe très accessibles. Une convivialité et une simplicité qu’apprécient chaque année, tous les festivaliers.
Cette édition mettra en avant de nombreux premiers films proposés par de jeunes réalisateurs très intéressants, selon la présidente du festival, Françoise Schnerb. « La nouvelle génération s’attache à des sujets dépassant largement la Russie, ils abordent des problèmes
internationaux et contemporains (immigration ou islamisme par exemple). Contrairement à leurs aînés, ces jeunes cinéastes sortent de leurs frontières avec des façons bien à eux de traiter ces sujets. »
Sept à huit films seront visionnés et récompensés par le jury. Le festival sera présidé cette année par l’acteur Stéphane Freiss, assisté de la présidente d’honneur Mei-Chen Chalais (productrice), et de six autres membres : Mylène Demongeot actrice, Hervé Korian scénariste, Frédéric Nidermayer producteur, Olivier Orban éditeur, Robert Sender journaliste et Anna Sigalevitch actrice et pianiste.
Quatre prix seront attribués : Grand prix de la ville d’Honfleur (meilleur film), Prix François-Chalais du meilleur scénario, Meilleure actrice, Meilleur acteur. Viennent s’y ajouter le Prix de la région Basse-Normandie pour le meilleur début et le prix du public.
Le programme proposé est varié et contentera tous les goûts : catégorie «compétition » avec des fictions russes de l’année, un programme « panorama » avec quatre films, un hommage au réalisateur tadjikistanais décédé cette année Bakhtyar Khudojnazarov, des films documentaires, un programme jeune public avec dessins animés et contes russes, une rétrospective sur les quatre-vingts ans du métro de Moscou et une exposition de photos par Georgi Rozov ainsi que des rencontres et des tables rondes. N’oublions pas librairie et espace restauration dans les Greniers à Sels.
L’annonce du palmarès aura lieu le samedi 28 et sera suivie d’un dîner de gala. Le festival s’achèvera le dimanche 29 par la projection des films primés.

Pratique :
-Accueil du festival au petit Grenier à Sel à partir du mardi 24/11 à 10h
-Les projections ont lieu au cinéma Henri Jeanson, au grand Grenier à Sel, à la salle CCPH (documentaires) et à la médiathèque (dessins animés)
-Badge : 20€ donnant accès à toutes les projections
Gratuit pour les – 16ans et les groupes scolaires et étudiants
-Dîner de gala le samedi 28/11, animé par le Quartet « Just for Cab » 70€
Renseignements et réservations par mail : cinerusse.honfleur@orange.fr ou par téléphone : 02 31 89 25 59

Pauline Bréhat                                                                                                                  18/11/2015