« Changer l’eau des fleurs » de Valérie Perrin

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J’avais, il y a quelque temps, succombé à l’émotion des « oubliés du dimanche » de cette même auteure. Là encore, on retrouve cette façon de nous raconter la vie ordinaire des gens simples, bien discrètement, sans intrusion, avec douceur et résignation. Et parce que Valérie Perrin (qui est photographe et scénariste, elle travaille avec Claude Lelouch) sait voir avec les yeux qu’il faut ; cette vie admirable des gens ordinaires devient, au fil de l’écriture, une vie extraordinaire.
S’appeler « Violette Toussaint » quand on est garde-cimetière, c’est prédestiné, non ? Pourtant, ne trouvez-vous pas que Violette, petite fleur qui nous montre le bout de son nez au premier rayon de soleil de la fin de l’hiver est l’antithèse de Toussaint, cette fête qui, dès l’entrée des mauvais jours annonciateurs de l’hiver, marque la veille de la fête des morts. Toussaint est le nom du mari de Violette.
Violette est née sous X, ce n’est pas la meilleure façon de démarrer dans la vie. Elle se marie avec Philippe Toussaint, ils deviennent gardes-barrière enfin, surtout elle car Philippe préfère jouer devant l’écran ou faire des tours avec sa moto. Ils auront une fille…. Puis ils deviendront gardiens de cimetière, enfin, surtout Violette….
Violette tient un registre des enterrements avec les détails de la cérémonie, les gens qui sont venus, les discours, les fleurs… C’est une idée à elle, ce n’est pas demandé par la mairie. Mais c’est ce registre qui changera sa vie, le jour où un homme et une femme voudront partager leur éternité dans son cimetière. Et puis la vie n’est pas toujours comme on croit. Un mari inconséquent et inconscient ne l’est pas toujours autant qu’on pourrait le croire, Philippe Toussaint mérite –t-il le mépris que l’on ressent pour lui avant de tout savoir ?
Le récit est fait à la première personne du singulier, Violette est la locutrice principale du roman. C’est le plus souvent son point de vue qui est exposé. C’est un peu comme si elle nous donnait à lire les meilleures pages de son journal non pas dans un ordre chronologique mais dans un ordre qu’elle a choisi. Le récit repart souvent en arrière pour tisser un univers plein de poésie. Nous ne sommes pas dans un récit réaliste où les méchants sont les méchants. Le narrateur qui se cache derrière l’héroïne omnisciente (puisqu’il s’agit de sa vie) nous laisse découvrir doucement toutes les facettes des sentiments, la tristesse, la révolte, la résignation, l’empathie. On découvre tous les personnages qui font sa vie. Sasha qui l’initie au jardinage et au gardiennage de cimetière et qui retrouve en elle les échos de sa propre peine, toute l’équipe et le curé qui officient autour des défunts, Philippe Toussaint que l’on prend tout au long du roman pour un salaud et qui ne l’est peut-être, sûrement pas. Et puis ce journal comme un roman d’amour qui éclaire enfin sa vie, qui enfin lui donne de l’espérance…

« Changer l’eau des fleurs-Valérie Perrin » aux éditions Albin Michel

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