
A l’occasion d’une interview accordée à votre journal « Honfleur-Infos », Réhahn s’est dévoilé encore une fois à travers son art, en présentant sa nouvelle période artistique, tel un nouveau-né qui a été voulu, désiré et conçu par amour. Dans le même, le maire de la ville, Nicolas Pubreuil, nous confit son sentiment face à cette exposition…
HI : Quel est le sujet de cette nouvelle exposition ?
Réhahn : l’impressionnisme, dont les photos sont exposées sur les grilles du jardin public.
La partie qui sera au jardin du Tripot, reprend ma première période, c’est-à-dire tout mon parcours, du portrait aux scènes de vie, elle rappelle l’exposition en 2023 à Honfleur. Cette première période est en réalité l’aboutissement de ce que je suis aujourd’hui, c’est-à-dire la photographie impressionniste.
HI : Dans quelles conditions tu as réalisé tes dernières photos de cette exposition ?
Réhahn : Mes dernières photos sont réalisées à travers la chaleur du feu, lors d’un événement qui se passe deux ou trois jours par an : en avril et en septembre, pendant les récoltes de cacahuètes à Hội An, là où je vis depuis 2011. Quand les paysans finissent de récolter, ils brûlent le végétal pour régénérer et fertiliser le sol des champs de cacahuètes. Donc quand ça brûle, j’ai trois jours de travail sur cette technique-là que j’appelle « l’effet mirage », qui rapproche la photo d’une peinture avec des coups de pinceaux à la manière des peintures impressionnistes, sauf que moi j’ai la chaleur et la fumée que je ne contrôle pas, en plus de la lumière furtive et aléatoire, alors il faut naviguer en permanence entre la lumière, la flamme, la fumée et la chaleur, qui est l’élément principal dans cette technique.
Ainsi on obtient ce filtre naturel sur les photos, donnant l’impression d’avoir une œuvre picturale.
HI : Qu’est-ce qu’un effet mirage ?
Réhahn : L’effet mirage, c’est comme dans le Sahara, on voit que l’horizon onduler quand il fait entre 40°C et 50°C. Quand un feu qui brûle atteint 600° à peu près, on a la chaleur qui explose toutes les lignes en les faisant fondre et onduler, et quand on fait un arrêt sur image en vitesse rapide, on est à 1,3 millième de seconde, parce qu’on est en plein soleil, donc forcément on a une rapidité d’obturateur qui fait un arrêt sur image comme une impression et une sensation de coups de pinceau. Les photos issues de cette technique sont des photos uniques, que moi-même je ne peux pas refaire. Même si je retourne au même endroit l’année d’après, je n’aurai jamais la même lumière.
HI : Quelles autres matières peuvent te servir en photos impressionnistes ?
Réhahn : Ce que j’aime dans ce que la nature m’offre, c’est qu’il n’y a rien de régulier, parce que la nature n’est pas régulière, ce qui rend la tâche partiellement dépendante des hasards et des imprévus, et comme j’aime la difficulté, je me laisse guider par la nature et par ses aléas aussi. Néanmoins, je me suis intéressé à ce qui peut donner une texture aux photos, comme les filets de pêche à travers les petites mailles du filet qui donnent l’effet flou. Il y a la pluie aussi, notamment les trombes de pluie de la mousson, ou encore l’eau sur les vitres où il y avait de la buée, et aussi la brume, c’est très très poétique. Mais voilà, je reste attaché à ce que j’ai trouvé et qui n’existait pas, dont je peux dire que je suis l’inventeur total sans être trop vaniteux, c’est la chaleur.
HI : Après ta période impressionniste, tu envisages de te mettre à la peinture ?
Réhahn : Pas pour l’instant. Je suis encore en expérimentation avec ma nouvelle découverte, la chaleur. En réalité, j’aurais voulu savoir peindre, peut-être qu’un jour quand je serai plus vieux, moins flexible pour bouger, moins mobile, je ferai peut-être de la peinture parce que j’ai toujours été impressionné par les peintures. En attendant, je continue à expérimenter parce que je maîtrise mon outil, puis à chaque fois c’est nouveau.
Mon livre que j’ai publié en 2025 sur l’impressionnisme s’appelle « De la photographie à la peinture », je l’avais envoyé au directeur du musée d’Orsay et de l’Orangerie, Sylvain Amic, hélas décédé en août 2025, qui m’avait écrit une lettre, le 22 juillet, me félicitant et m’informant qu’il avait lu le livre avec beaucoup de plaisir et d’intérêt, et qu’il le trouvait très intéressant.
HI : De quoi parle ton livre « de la photographie à la peinture » ?
Réhahn : De la photographie à la peinture, est un livre qui démontre que l’impressionnisme s’appliquait à la littérature comme chez Zola, à la musique comme chez Debussy et donc à la photographie aussi. À savoir qu’à l’époque de l’impressionnisme, la photographie n’était pas considérée comme de l’art, encore moins comme impressionniste, alors que c’était le début de la naissance de la photographie, on pensait que la photographie n’était qu’une reproduction mécanique du réel. La photographie est devenue de l’art à partir des années 70, avec Steve McCurry, Salgado et tous ces grands noms d’hier et d’aujourd’hui qui ont démocratisé l’art en photographie. Partant de là, et puisque mes photos se dirigent vers un aspect pictural, je me suis posé la question : qu’est-ce que l’impressionnisme ? Selon les dictionnaires, l’impressionnisme est défini comme une période volatile entre 1874 et 1886, après la dernière exposition du groupe impressionniste. A ce demander si l’impressionnisme serait seulement les peintres qui ont participé aux expositions entre 1974 et 1986 et donc tous les artistes qui n’ont pas participé ne sont pas des impressionnistes ? Me basant sur ces maigres informations, j’ai décidé de retracer une espèce de généalogie de l’impressionnisme, très documentée et basée sur des sources fiables, en lisant une centaine de livres en deux ans. J’ai essayé de reconstituer ce qu’était l’impressionnisme et j’en suis venu à la conclusion que tout le monde savait ce qu’était l’impressionnisme, mais personne ne savait comment le décrire. Ma conclusion c’est que l’impressionnisme c’est l’effet de la lumière sur des moments furtifs. Ça peut être la lumière artificielle, ou la lumière naturelle,
Alors l’impressionnisme en photographie pourrait exister puisque je dépends à la fois de la lumière et des vibrations de la chaleur, tout comme Monet quand il a peint les trains à vapeur de la gare Saint-Lazare, il peignait spécialement la vapeur des trains. Donc, la chaleur, la vapeur et la lumière, c’est tout ce que je fais, ce sont des moments qui ne reviendront pas, surtout ce sont des choses qui n’ont pas été faites avant dans la photographie.
HI : Quelle actualité va suivre cette exposition à Honfleur ?
Réhahn : Un nouveau livre sortira le 6 octobre aux éditions Hermann, traçant mon parcours et ma vie d’artiste, avec un style particulier, une biographie par des mots-clés, à travers la plume extraordinaire de Sylvain Ledda, qui est tout simplement une pointure dans son domaine, professeur de littérature française, spécialiste de Musset, de Dumas, de Ravel et du romantisme. Ce livre va rentrer dans l’histoire française parce qu’il va être à la BNF, il sera renvoyé dans toutes les universités, les bibliothèques, les écoles d’art et autres institutions artistiques. Il est important pour moi parce qu’il sera aussi envoyé et vendu dans tous les musées, c’est peut-être ma première porte d’entrée dans un musée, car mon objectif ultime c’est d’entrer au musée d’Orsay.
HI : Pourquoi ce livre a-t-il tant d’importance dans ta carrière ?
Réhahn : Mon souhait, c’est que mon livre et mes œuvres deviennent des matières à étudier aux écoles de l’art, aux universités de l’art, aux Beaux-Arts. Que mon travail devienne un support sur lequel les étudiants pourront s’appuyer pour entrer dans mes œuvres et mes univers, puis prendre leur propre direction qui fera d’eux de vrais artistes.
Le livre présente en alternance mes photos et ma vie, donc ça va être un livre à la fois biographique et photographique, avec des courts chapitres par des mots-clés, un peu comme un dictionnaire philosophique. Il est important aussi car j’ai été contacté par une maison d’édition à New York pour le publier aux États-Unis l’année prochaine pour mes 20 ans de carrière,
Pour un écrivain, le Graal, c’est la Pléiade, pour moi, c’est le musée d’Orsay. Si je rentre au musée d’Orsay, je sais qu’après je ne demanderai rien, j’aurai réalisé un rêve.
Ce livre, c’était la pierre qui manquait, la pierre angulaire de la stratégie, si je peux parler de stratégie, car il donne les clés de mes œuvres, du portrait jusqu’à l’impressionnisme, il montre les liens entre mon angoisse pour la disparition de la culture et la transmission, entre l’impermanence et le bouddhisme, donc tout est relié avec des explications très poétique.
Sylvain Ledda, l’auteur du livre sur Réhahn, a dit : « Ce livre en ouvre des portes sur l’univers de Réhahn, grâce à une série de thèmes et de motifs qui définissent son rapport à la création et à sa vie. Par bribes, par petites touches, comme les impressionnistes, le lecteur pourra ainsi découvrir les aspects méconnus de la vie de l’artiste, les temps forts de son existence qu’il a bien voulu confier, les lieux et les rencontres qui l’ont inspiré, mais avant tout le lecteur pourra découvrir une œuvre originale et profonde, tournée vers l’Autre avec un A majuscule et vers la beauté du monde. »
HI : Quelle est la suite de ton parcours artistique ?
Réhahn : Je pense que je vais continuer à expérimenter l’impressionnisme. Cette année mes photos ont beaucoup plus de textures parce que j’ai compris comment utiliser le mode manuel à mon avantage pour jouer justement sur les textures, chose que je n’avais pas faite en 2022, 2023 et même 2024. La série de photos de cette année est extraordinaire, dont je suis très heureux, je pense que ce sont mes plus belles photos même.
J’ai envie de continuer dans cette direction, j’attends les saisons des feux, mais je vais aussi continuer avec l’eau, les reflets et les autres éléments de la nature. Peut-être me diriger aussi vers l’abstrait, parce que le feu, la fumée, la chaleur permettent d’avoir cette abstraction si je le décide.
Pour conclure cette riche et émouvante interview de l’artiste Réhahn, Nicolas Pubreuil, maire de Honfleur, a accordé à notre micro un moment de perspectives en répondant à deux questions :
HI : Quelles sont vos impressions sur cette exposition ?
Nicolas : Comme cela a été décrit évidemment par Réhahn, l’effet recherché est obtenu. Il y a une vraie cohérence à avoir cette conclusion entre la photographie et la peinture, et puis, la définition même de photographier c’est l’écriture par la lumière, et là effectivement toutes ces images racontent une histoire, on est sur une dimension onirique incroyable. Je pense que les gens vont passer beaucoup de temps à regarder chaque image, parce que ça emmène le spectateur soit vers la rêverie, soit vers le simple ressenti qui est l’impression. On est très fier de pouvoir accueillir des artistes de ce niveau-là, parce que nos visiteurs vont être charmés par cette déambulation dans un cadre qui met en valeur le travail de l’artiste, donc c’est un vrai bonheur.
HI : Quand Honfleur aura son festival de la photographie impressionniste ?
Nicolas : J’imagine que la production est là depuis déjà deux expositions par Réhahn. En effet à Honfleur nous avons la matière pour ce type de festival, ne serait-ce que par la présence de l’eau dans tous les bassins, la plage, les cours d’eau et d’autres éléments qui permettront d’avoir d’autres productions demain. Si on doit effectivement partir sur cette thématique, je trouve que ça pourrait même déclencher de l’enthousiasme et de la créativité. Si les Honfleurais peignent leur ville depuis des années, peut-être que sur le thème de l’impressionnisme, les Honfleurais pourraient photographier leur ville. Idée à suivre avec beaucoup d’intérêt.
Pour remercier la ville d’avoir attribué des lieux à cette exposition, Réhahn propose d’offrir une œuvre originale pour le musée Eugène Boudin, si un jour il y a un espace photographique prévu dans le musée.
Il est impossible de tracer le parcours et le travail de l’artiste Réhahn en juste quelques lignes, c’est même frustrant de ne pouvoir publier l’intégralité de l’interview dans cet article consacré à l’impressionnante carrière de l’artiste à travers le monde. Mais une chose est sûre, les œuvres de Réhahn, qu’elles soient des photos, des livres, des publications, des collaborations et des expositions, en plus du musée qu’il a fondé avec générosité à Hôi An, le Heritage Museum, vont parler de lui à des générations futures, car un tel artiste peut avec son art singulier et innovateur changer le regard du monde sur l’art photographique et même l’art pictural.
Pour aller plus loin dans l’univers de l’artiste Réhahn, ce lien sur son site web vous guidera vers une immersion totale dans le bonheur.
https://www.rehahnphotographer.com/fr/

