« La cuisinière d’Himmler » : de Franz-Olivier Giesbert

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On a coutume de dire «c’est beaucoup pour un seul homme », mais ici c’est aussi beaucoup pour une seule femme ! Les aventures de Rose, 105 ans, sont aussi copieuses que peu vraisemblables. Rose qui tient la « Petite Provence » restaurant marseillais (oui, à 105 ans), et qui décide d’écrire ses mémoires. Rose a tout subi des aléas du XXe siècle. Rescapée du génocide arménien dont toute sa famille est victime, elle se retrouve à Marseille où elle apprend la cuisine alors qu’elle est quasi esclave d’un tenancier de gargote, puis continue son apprentissage culinaire avec sa mère adoptive. Plus tard, elle ouvrira un restaurant à Paris «La petite Provence » où elle rencontrera des artistes, des philosophes, des écrivains dont Simone de Beauvoir et Jean Paul Sartre mais aussi Himmler, car c’est l’Occupation. Tout cela, hélas, jusqu’à ce que son mari (qui ignorait qu’il était d’origine juive) et ses enfants soient enlevés dans la rafle du Vel’hiv. Voici Rose partie en Allemagne nazie comme cuisinière de Himmler (je sais, c’est surprenant, mais par ailleurs, on était prévenus car c’est le titre du roman !), pour tenter en vain de retrouver les siens. Puis, on la retrouve à Chicago, puis, en Chine avant qu’elle ne vienne terminer ses jours, enfin on l’imagine car elle a 105 ans mais toujours bon pied bon œil, à Marseille. A chaque étape de sa vie Rose se venge et assassine le coupable, celui du génocide de ses parents, ceux qui l’ont chassée de la maison de ses parents adoptifs, celui qui a arrêté son mari et ses enfants…Et tout cela dans la plus grande impunité comme si elle n’était au fond que la main de la justice. A chaque étape, à chaque effondrement de sa vie elle repart sans, jamais, aucunement perdre l’espoir et son appétit de la vie. Tout ceci forme une grande fresque qui couvre une période commençant en 1907, date de la naissance de Rose jusqu’en 2012, période qui va de dictature en dictature. Rose, l’héroïne du roman est comme un témoin de l’histoire, elle traverse le génocide arménien, l’Occupation de Paris puis, après un séjour américain, elle se retrouve à Pékin en 1955. L’écriture de Giesbert est alerte et historiquement très bien documentée. Un livre qui est sorti en 2013 et que l’on peut aujourd’hui trouver en « poche » (Folio).

La cuisinière d’Himmler- Franz-Olivier Giesbert- Gallimard

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