« Le Collier Rouge » de Jean Christophe Rufin

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Je viens d’acheter le dernier livre de Jean Christophe Rufin « Le Suspendu de Conakry » mais je vous en parlerai dans une prochaine chronique (et quand je l’aurai lu). En attendant, je ne peux pas ne pas évoquer « Le collier rouge », écrit aussi par Jean Christophe Rufin, mais dans un tout autre registre, car le film de Jean Becker tiré du roman vient de sortir au cinéma avec François Cluzet (qui épouse excellemment le personnage de Jacques Morlac) et Nicolas Duvauchelle. C’est un film à aller voir même si vous n’allez pas beaucoup au cinéma, d’une part parce que c’est un film de Jean Becker, un réalisateur plutôt classique mais génial qui sait raconter autour d’un personnage, et d’autre part parce que c’est une histoire intéressante où il est question de loyauté et de sincérité.

Le texte de Jean Christophe Rufin est court mais intense ; une histoire qui se passe à la fin de la Guerre de Quatorze, pendant l’été 1919 et dont l’un des héros est un chien. J’ai choisi de vous proposer ce petit extrait : « À une heure de l’après-midi, avec la chaleur qui écrasait la ville, les hurlements du chien étaient insupportables. Il était là depuis deux jours, sur la place Michelet et, depuis deux jours, il aboyait. C’était un gros chien marron à poils courts, sans collier, avec une oreille déchirée. Il jappait méthodiquement, une fois toutes les trois secondes à peu près, avec une voix grave qui rendait fou.
Dujeux lui avait lancé des pierres depuis le seuil de l’ancienne caserne, celle qui avait été transformée en prison pendant la guerre pour les déserteurs et les espions. Mais cela ne servait à rien. » Saviez-vous que pendant la guerre de Quatorze, il y a avait des quantités de chiens dans les tranchées ? Certains étaient employés par l’armée à des tâches de déminage ou pour donner l’assaut mais une grande partie étaient là parce qu’ils avaient suivi leur maître mobilisé. Ceux-ci étaient tolérés car ils rendaient service, notamment pour lutter contre la prolifération des rats et aussi parce qu’ils donnaient l’alerte.

Ce collier rouge est celui du chien mais c’est aussi le ruban rouge de la Légion d’Honneur, vrai-fausse décoration donnée à un chien. L’histoire : C’est l’été 1919. Pourquoi Jacques Morlac est-il emprisonné et attend-il son procès dans cette petite ville du Berry écrasée de chaleur tandis que dehors son chien hurle à la mort ? Ce Morlac qui a brillé dans les combats, en a connu l’atrocité, qui a connu les tranchées et que l’on a condamné à vivre dans une caserne…Un déserteur, avec son chien qui hurle (interpelle) dehors ? IL y a cette jeune femme qui travaille la terre alors qu’elle pourrait faire beaucoup plus, mais voilà ce n’est qu’une femme… Et il y a le gardien de la caserne qui n’en peut plus d’entendre hurler le chien ….

Le collier Rouge-Jean-Christophe Rufin-Gallimard

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